Sous Dine – Notre 1er bivouac neige

La semaine me parait longue, je contemple le ciel à chaque fois que j’en ai l’occasion, comme pour le surveiller, comme si le ciel d’aujourd’hui sera celui de demain. J’espère vraiment que le soleil nous accompagnera ce week-end dans cette toute nouvelle aventure : notre 1er bivouac neige.

Comme pour chaque première fois, l’excitation se mêle à l’angoisse de l’inconnu. La rudesse de l’hiver est derrière nous mais je vais tout de même dormir seule avec les chiens, au milieu de la montagne enneigée. Malgré tous les doutes que l’on peut avoir quand on se lance pour la première fois, il ne faut pas hésiter car on en revient toujours grandit et prêt à repartir.

A vrai dire, je m’inquiète pour le froid surtout pour Lucky avec son gabarit semblable à celui d’un Whippet. D’autant plus que ce n’est pas mon chien et que je suis censée prendre soin de lui, le temps qu’il trouve une famille pour la vie.

Bien que je lui ai fabriqué une polaire, à partir d’un plaid. (Oui pour une fois j’ai fait de mes propres mains et j’ai plutôt pas mal réussi pour une 1ère !) Il aura aussi l’ancien manteau d’Iron en seconde couche, bien trop grand mais pour dormir c’est pas très grave vu que la polaire est bien ajustée. Iron lui à son nouveau manteau Kn’1, qui est vraiment bien.

En fait j’ai tellement peur que Lucky ait froid que je prends un sac de couchage (le moins cher de tous) à decath, afin de pouvoir le couvrir si le besoin se présente. Par la même occasion j’achète une pompe vélo et des embouts pour gonfler mon matelas de sol afin d’éviter d’envoyer de l’humidité dedans.

Vendredi : il fait grand beau, mais chamonix-météo n’annonce pas de la folie pour ce weekend… Demain c’est enfin le départ et j’ai vraiment de grosses difficultés à trouver le sommeil.

Samedi matin je me réveille avant même que le réveil me hurle dans les oreilles, cette infâme alarme que je maudit quasiment chaque jour de ma vie. La nuit fut courte mais je suis excitée à l’idée de faire ce bivouac tant attendu. Je suis tellement excitée que j’en oublie même de contempler le ciel, c’est à mi-chemin que je m’aperçois qu’il ne fait pas vraiment beau… mon ambition en prend un petit coup et je me dit que j’aurais peut-être mieux fait de rester dans le Jura.


Je gare la voiture à la maison des Glières, en mettant mon sac sur le dos, je découvre qu’un satané toutou qui s’appelle surement Lucky (Luke) a mangé une partie de mon attache ventrale, je ne peux donc pas la serrer et quasiment tout le poids pèse sur les épaules. YOUPI !

Avec les chiens, on prend le départ de la rando en direction du col de Spée. Le début est très fréquenté, mais à partir de Fréchet, on se retrouve seuls …

A Fréchet, je débarrasse Lucky de ce satané harnais de bat (que je déconseille car en plus de ne pas être ergonomique pour le chien, il ne vaut rien) avant de continuer en direction du refuge et Col de Spée.

On quitte les derniers humains proche du refuge de Spée, avant de gagner la « forêt » et le col. Pendant la montée, je regarde beaucoup les pentes qui se trouvent à ma gauche, elles ne me plaisent pas vraiment mais le fait d’être aux milieux des sapins me rassure un peu.

Au col, je ne sais pas trop par où descendre, je ne trouve aucune indication, juste quelques traces qui partent dans la direction du GPS. La descente à l’air très abrupte, je ne suis pas très sereine mais finalement la descente se fait assez facilement. J’adore ce passage qui nous fait arriver aux Chalets de Tinnaz.

Le soleil est là, la neige aussi, en quantité abondante mais bien mouillée et mes chaussures commencent déjà à se remplir d’eau… J’aime cet endroit, j’aurais presque envie d’y dormir.

On se dirige maintenant vers le crêt de l’ébat – champ laitier, je suis en bordure de sapins quand j’entends de nouveau une coulée dans la direction où je vais… A vue dégagée, je vois que c’est la Roche Parnal qui tombe son manteau blanc face à la chaleur du printemps. Les chamois emplis de quiétude contemplent le spectacle depuis leur perchoirs.

Plutôt que de prendre le chemin qui passe au Crêt de l’Ebat et de me retrouver sous les pentes, je fais le choix pas vraiment judicieux de tirer tout droit en longeant le cour d’eau, il faudra cependant que je le traverse pour éviter de descendre trop bas mais la neige en abondance à former un véritable canyon… Ce n’est pas gagner !

Je trouve un passage possible, que je travaille pour Iron car je sais qu’il ne passera pas. rien que pour descendre dans le cour d’eau il n’ose pas, depuis l’autre « rive » j’essaie de lui faire des « escaliers » dans la neige avec l’aide de mes bâtons. Passage pas vraiment aisé mais nous revoilà enfin du bon coté. Les pentes s’adoucissent un peu, ou alors je m’habitue à elles (idée que je n’apprécie guère).

On arrive aux abords du champ laitier, j’ai les pieds complètement trempés (c’était déjà le cas avant de passer le cour d’eau) mes chaussures pèsent une tonne. Les heures tournent, j’en bave mais je vais essayer de monter au maximum, je veux avoir une jolie vue pour mon bivouac !

Arrivé sous Sous Dine, dès que la vue se dégage un peu, je stoppe la rando après environ 15 km et d+700m – 7h00 de marche

Le temps de monter le camp, la nuit arrivera rapidement. Avec les raquettes je tasse la neige du mieux que je peux. Puis je tente de monter la tente pour la 1ere fois (ce qui n’est pas intelligent), il me faudra environ 15 min pour en arriver à bout !

Je suis congelée, pas très bien, je n’ai même pas faim. Il faut vraiment que j’enlève ces chaussures et ces chaussettes complètement trempées… Je me mets en quête de ma paire de chaussettes de rechange, en vain, perdu entre la maison et le départ de la rando tout comme le bonnet. Heureusement j’ai une paire de collant épais qui traine dans le sac. Finalement je pars me coucher directement sans même manger, sans même prendre le temps de contempler cette petite vue …

Dans mon duvet, je cogite : j’attendais tellement de cette randonnée, depuis le temps que je voulais le faire ce bivouac dans la neige, dans ma tête je m’étais fait le scénario idéal : soleil, le paysage de rêve, les photos qui donnent envie, etc…
On est loin de la réalité ! Et le fait de ne pas avoir atteint mon objectif me fruste, j’en viens même à me demander pourquoi je me suis engagée dans un tel projet, j’ai peut être vu un peu gros pour le 1er… et j’en viens même à bénir l’existence des cabanes ! J’aime aller en cabane et j’aimerais toujours mais le bivouac offre bien plus de liberté.

Dans la nuit, la température au sol à l’intérieur de la toile de tente stagne à 2°c, les chiens n’ont finalement pas besoin du sac de couchage, ils ont assez chaud avec leurs manteaux et moi je crève de chaud avec mon duvet pour grand froid … Le vent s’est levé et la toile extérieure que je n’ai pas tendue fait que de claquer mais j’ai vraiment pas envie de sortir en plein milieu de la nuit, enfin … je n’ai surtout pas envie d’enfiler mes godasses trempées !


On dit que la nuit porte conseil et ce jour là ce fut vrai. Ce matin, avec le recul je me rends compte que j’ai été négative simplement par frustration, j’en ai oublié le sens même de la randonnée – VIVRE L’INSTANT PRÉSENT.

La randonnée est une philosophie voir une thérapie avant d’être un objectif à atteindre. Ce n’est pas pour rien si John Muir à écrit « La paix de la nature va s’infiltrer en vous comme les rayons du soleil pénètrent les arbres. Le vent va vous insuffler sa fraîcheur, et les orages leur énergie, en même temps que les soucis tomberont comme les feuilles d’automne » on pourrait ajouter : la montagne solide comme un roc vous donnera la force et sa flore fragile vous instruira la sensibilité.

Je vous invite à lire aussi ce magnifique texte qui est représentatif de la randonnée telle que je la vois : http://verscompostelle.be/rareflex.htm bien que je ne sois pas une grande amatrice de GR.

Par le passé, on m’a souvent dit que j’étais trop négative et je répondais toujours « Je suis simplement réaliste » parfois c’était vrai mais souvent je me voilais la face tout simplement parce que je ne voulais pas me remettre en question.

J’ai déjà fait une part du travail sur moi-même mais le chemin reste encore long, je m’énerve et me plains toujours même si je positive plus vite. Les moments où je reste Zen sont encore bien trop rares même si j’ai compris que s’énerver ou se plaindre n’apporte rien… bien au contraire, on se met dans des états pas possible, ce qui renforce l’effet négatif. Le pire c’est qu’on se permet de se plaindre, de s’énerver, pour un « oui » ou pour un « non » alors que pendant ce temps des personnes se battent quotidiennement pour rester en vie. Combien de personnes meurent de cancer, gardent des séquelles suite à un AVC ou meurent tout simplement prématurément de manière qu’on qualifie d’injuste ?!

Et moi je suis là à être frustrée de ne pas être arrivée au sommet, ou encore d’avoir les pieds mouillés… ZENNN, il n’y a pas mort d’homme !

Pour dire, je suis même bien contente de ne pas avoir dormi au sommet car ce matin le vent est toujours là, alors je n’ose même pas imaginer ce que ça doit être au sommet !
Je suis dans une bouse pas possible ! Comment je vais démonter ma tente ? Je la cramponne en a attendant que le vent veuille bien se calmer … mais au lieu de se calmer, il redouble. J’ai vraiment très peur qu’elle s’envole, au prix qu’elle coute, je n’ai pas envie de la perdre à la 1ere utilisation…

A ce moment là j’ai une grande envie d’appeler « au secours » mais je suis désespérément seule !

Bien entendu c’est aussi à ce moment que Lucky Luke profite que j’ai les mains prises à tenir ma toile de tente pour me piquer le sac de sardines … et de le déposer à plus de 5 mètres. Saleté de petit cabot (c’est ironique), il vient de réduire en miette le seul plan que j’avais, qui était de fixer la toile au sol et aux sapins, le temps d’enlever les arceaux pour réduire/annuler la prise au vent. Cela dit, dans sa bétise, il m’a aussi démontré qu’il suffisait de déplacer la toile de tente à l’abri du vent derrière les sapins pour ENFIN pouvoir la plier.

La tente enfin pliée, vient le moment d’hésitation – celui de faire le sommet. J’hésite pendant plus de 5min à monter à la pointe, vu le ciel, je ne verrai pas grand chose…  mais c’était mon objectif et je suis là pour l’atteindre.

Je prends le chemin vers le sommet sauf que peu après le départ, je ne sais ce que je fait, l’arrière de ma raquette se plante et je tombe en arrière la tête la première dans la pente, impossible de décoincer ma raquette, je largue mon sac à dos pour arriver à bouger et enfin décoincer ma raquette. C’était très marrant, ça m’a rappelé mes début en poudreuse, quand je me retrouvais les ski coincés dans la neige après une chute. Ce fut marrant aussi pour Iron qui a profité que je sois au sol pour venir me sauter dessus, comme si j’avais besoin de 39 kg en plus sur moi.

On continue notre chemin vers la pointe, Iron s’éclate, il a découvert un nouveau moyen de locomotion – Ramper dans la neige. Normalement il se met sur le dos, la tête la première et se laisse glisser dans la pente… bon c’est sûr qu’avec le sac de bat il fallait bien qu’il trouve un autre procédé.

Arrivé à la pointe de Sous Dine, on ne voit pas le Mont Blanc et les photos sont plutôt pourries … Pour les photos de « rêve » on repassera.

On redescend en suivant la direction du trou de la Pierre, où on retrouvera les premiers humains depuis la veille au refuge de Spée.

Puis on revient sur nos pas d’hier, jusqu’au champ laitier. Iron est attaché sur cette portion car la veille j’ai vu des chamois.

IL faut ensuite se diriger droit vers la passerelle pour monter la montagne de Frète. La Passerelle en bois s’est aussi couverte de neige sauf que le pont de neige fait environ 20cm de large, Iron ne veut pas passer, je suis obligée de faire demi-tour, je lui enlève ses sacoches et je l’accompagne dans la traversée. Heureusement, il me fait confiance.

Beaucoup plus en forme qu’hier, la montée au col des Glières par la montagnes des Frêtes se fait facilement, il ne reste plus qu’à regagner le parking et c’est déjà fini…

A la voiture , je suis heureuse de retrouver ma paire de chaussettes de rechange et des chaussures sèches.

Fin du jour 2 : environ 12 km et d+700m – 5h00 de marche.

Rentrée à la maison je pèse mes chaussures : 1,8 kg la paire – juste horrible !


En bref

Un beau parcours avec un bel objectif : La pointe de Sous Dine.

Temps à consacrer :
– 2 jours

Les plus :
– un itinéraire assez sauvage
– beau panorama
– paysages variés

Les moins :
– difficulté d’orientation (balisage absent)
– risques de coulées par endroits
– très fréquenté au départ


Itinéraire

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Pour des raisons de sécurité, cet itinéraire est disponible uniquement en téléchargement trace.gpx


Vous avez envie de passer le cap du bivouac dans la neige mais vous n’osez pas vous lancer, l’article « Bivouac hivernal, comment se lancer ?!  » sera disponible prochainement sur le blog.

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